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Mesdames de France , ces princesses méconnues

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Gentilhomme de la chambre
Baronne,Baron



Inscrit le : 26 Déc 2005
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MessageSujet: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 16 Jan 2006 - 8:23

Voici, pour satisfaire les passionnés et amateurs de Mesdames de France, quelques éléments de la vie de ces filles de Louis XV. Commençons, par la moins connue d'entre elle, l'insignifiante Madame Sophie.

Sophie Philippe Elisabeth de France
dite Madame Sophie ( 1734+1782 )
Fille de France


Son portrait par Francois Hubert Drouais

© National Gallery Of Victoria
Sidney Australie


Sophie Philippe Elisabeth de France, plus couramment appelée « Madame Sophie » était la sixième fille de Louis XV et de Marie Leszczynska. Elle est certainement la moins connue de toutes les filles de Louis XV. Elle était de ces princesses de la famille de Bourbon – pures et transparentes – qui fit le moins de bruit sur terre.
Elle naquit en public dans la chambre de la Reine à Versailles le 27 juillet 1734.

Une vie retirée

Elle fut élevée par la gouvernante des Enfants de France au château de Versailles avec ses frères et sœurs. La nombreuse famille du roi encombrait peu à peu Versailles, car la naissance répétée de filles de France était jugée comme une véritable tragédie pour l’Etat. L’éducation de toutes ces princesses coûtaient fort cher.
Aussi suite à la décision autoritaire du cardinal Fleury, il fut décidé qu’elle partirait parfaire son éducation dans le couvent lointain de Frontevrault. Mme Sophie partit donc avec sa sœur aînée Victoire et toutes ses sœurs cadettes, Mmes Thérèse et Louise, qui n’étaient encore que des bébés.

Son séjour angevin dura plus de douze ans, de juin 1738 à octobre 1750. Ni ses parents, ni aucun membre de la famille royale n’allèrent prendre de ses nouvelles. La-bas, elle mena une vie monotone de recluse.
Elle retrouvera sa famille, un jour de 1750, à Fontainebleau.
Elle retrouvera ses sœurs aînées avec qui elle partagera leur « maison » et leur appartement, car dès son retour, elles vivront désormais ensemble. Dès lors, Mme Sophie dut s’adapter au quotidien monotone d’une princesse de France. Elle devait subir des journées réglées par l’étiquette interrompues par de rares distractions. Elle devait, entre autres, faire sa toilette et manger en public, changer plusieurs fois par jour de robes et de grand habit, s’amuser sans joie à des bals et divertissements réglés d’avance, « faire sa cour » quotidiennement à ses parents, recevoir toutes les visites dont celles des ambassadeurs ce qui devait être fort passionnant pour une jeune fille de son âge …
Tout ce cérémonial fut pour elle une véritable corvée et de moments plein d’appréhension, car elle était née insignifiante et d’une extrême timidité. Insignifiante et timide elle le demeura jusqu’au dernier jour de sa vie, même à l’age adulte. Les moindres prétextes qui pouvaient faire sortir Mme Sophie de ce train de vie emprisonnant , étaient saisis avec empressement par la princesse et ses sœurs : comme divers « petits voyages » en Lorraine chez leur grand père, le roi Stanislas, ceux du roi dans ses escapades à Choisy, Bellevue ou Marly, leurs cures annuelles à Vichy ou Plombières, les visites de couvents avec leur mère … Dés lors commença, à travers le château de Versailles et durant plusieurs années, des déménagements incessants de logements car il était de tradition, à la cour que les princesses résidassent ensemble dans un appartement unique, où chacune des filles du roi possédait sa chambre et son cabinet particulier, le reste de l’appartement leur était commun.

Ce n’est qu’après sa « remise au roi » que Mme Sophie obtint un appartement en 1764 et une maison indépendante avec dame d’honneur, dame d’atours, dames pour accompagner, premier écuyer, femmes de chambre en 1775.
La composition de sa maison est indiquée sur le lien suivant , à la rubrique " Maison de Mme Sophie" :
Index des personnes


Une rare laideur

Mme Sophie, dans sa jeunesse , avait eu un « air de beauté » ressemblant beaucoup à son père comme deux gouttes d’eau, du moins de profil. Mais cette beauté dut se faner rapidement, car on la décrira, ensuite, d’une rare laideur.
Selon Mme Campan, Mme Sophie avait un air si effarouché qu’elle marchait à une vitesse extrême et pour reconnaître les gens qui se rangeait sur son passage, elle avait pris l’habitude de les regarder à la manière des lièvres, c’est à dire, de côté.
Elle était très renfermée, ne prononçait pas un mot pendant plusieurs jours, voir plusieurs semaines. On assurait, cependant, qu’elle avait de l’esprit et de l’amabilité dans la société de quelques dames préférées. Elle s’instruisait beaucoup et lisait seule, la présence d’une lectrice l’eut infiniment gênée. Il y avait des occasions où la princesse, si sauvage ordinairement, devenait, tout à coup, affable, gracieuse et bonne, c’était lorsqu’il y avait de l’orage car elle en avait une peur panique. A ce moment là, elle posait milles questions, serrait les mains, mais le beau temps revenu, elle retrouvait sa froideur, son air et son air farouche.
Son portrait était pourtant élégant.Elle avait une belle gorge et très bien faite. Son état embarrassé et timoré, sa timidité pathologique et sa nullité d’esprit empêcheront toute projet de mariage : on n’y songea même pas. Son père l’avait affublé du surnom de Graille.

Elle se confiait beaucoup à sa sœur, Mme Victoire qui prit le rôle de protectrice car elle n’osait rien demander ni à son père, ni à sa mère et ni à sa terrible sœur Mme Adélaïde, qui, du reste, la dirigea totalement…

La fin d'une princesse royale

Malgré sa solitude, elle participait aux joies de la vie familiale : chaque matin, elle participait au fameux café matinal chez Mme Adélaïde. A partir de 1775, elle vivra complètement retirée, présente uniquement aux grandes cérémonies comme une simple figurante. A ces exceptions près, elle habitera l’été avec ses sœurs, aux château de Bellevue et de Louvois et l’hiver son bel appartement du château sous la grande galerie.
C’est là, que Mme Sophie, aura la chance de disparaître, sans bruit, le 2 mars 1782, ne supportant pas l’affreux exil que connaîtront ses deux sœurs aînées. La princesse mourra, étouffée d 'une hydropisie de poitrine, à l’age de quarante-huit ans, comme elle avait conduit sa vie : c’est à dire de manière parfaitement inaperçue.

Ses appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1737 - 1738 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV

Son dernier appartement

A suivre : Prochain chapitre Mme Henriette

Gentilhomme de la chambre
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Gentilhomme de la chambre
Baronne,Baron



Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 245

MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 16 Jan 2006 - 8:23

Après la moins connue des filles de Louis XV, passons à l'une de ses soeurs ainées, dont les historiens ont fait peu cas : je veux parler de Madame Henriette, soeur jumelle de Mme Infante.

Anne Henriette de France
dite Madame ou Madame Seconde ou Madame Henriette ( 1727+1752)
Fille de France


Son portrait par Jean Marc Nattier


Anne – Henriette de France, plus couramment appelée “ Madame “ ou Mme Henriette, est la seconde fille de Louis XV et de Marie Lecczinska. Elle est connue pour une histoire d’amour malheureuse bien étonnante à la Cour de Versailles. Elle naquit seconde quelques minutes après sa sœur aînée, Louise-Elisabeth “ publiquement ” dans la chambre de la reine le 14 août 1727, au château de Versailles.
Cette sœur – la seule des filles du roi à se marier - deviendra la célèbre Madame Infante . Mme Henriette est connue pour un roman d’amour malheureux : elle conçut un vif chagrin lorsque son père lui interdira d’épouser son cousin. On attribuera sa fin prématurée à la grande peine qui suivra ce refus royal...

Madame à la Cour

Louis XV fut, dit-on , “ charmé de son œuvre ” montrant seul une joie énorme dans la déception général de la Cour, qui espérait un Dauphin. Il était deux fois père à 17 ans en dix minutes d’intervalle. La naissance de jumelles était chose fort rare dans la famille de Bourbon. La première née reçut le nom de Madame ou de Madame Première - comme l’exigeait l’usage de la Cour. Henriette, née en deuxième, prit le nom de Madame Seconde.

Elle passera sa petite enfance sous l’autorité de la “ gouvernante des Enfants de France ” au château de Versailles, avec ses deux frères et toutes ses sœurs Mmes Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise dans l’aile du midi et au château de Meudon, où les Enfants de France avaient coutume de passer la belle saison – maison jugée plus saine que Versailles. Elle fut soumise, dés son plus jeune âge, à l’étiquette, qui gérait la vie quotidienne des princes. Elle sera baptisée le 27 août 1737, avec ses sœurs .

Henriette échappa à l’exil forcé de ses sœurs cadettes au couvent de Frontevrault en Anjou imposé par le Cardinal Fleury et restera à Versailles avec sa première sœur cadette, Madame Adélaïde – le seule qui osa – par un caractère affirmé – contrecarrer la décision du ministre et émouvoir son père le jour du départ fatidique. Louis XV, en père affectueux, passait beaucoup de temps dans l’ appartement de ses filles, jouant et causant avec elles comme il le fera plus tard, dans ses appartements intérieurs où il invitera souvent ses filles à venir le rejoindre, notamment lors de certains de ses soupers.

Dans ce même appartement, elle donna à 10 ans, son premier bal hebdomadaire et recevait déjà les visites des « présentés » et des ambassadeurs , sous l’autorité de sa gouvernante !


Joie et peine d'une Fille de France

Madame Henriette était une jeune fille douce, aimable, complaisante et timide, elle s’accommodait avec bonne grâce de cet état d’effacement et d’assujettissement qu’elle trouvait confortable et parfaitement conforme à sa nature timide. Soumise devant son frère, le dauphin Louis-Ferdinand, elle l’était également devant sa sœur aînée , qui deviendra en 1739 cette fameuse Madame Infante , qui était plus volontaire qu’elle. Réservée, Henriette ne manquait néanmoins pas d’intelligence , notamment à travers des réparties vivaces. Les études absorbaient son temps, et tout particulièrement la musique, qui deviendra une véritable drogue pour elle. Elle deviendra excellente musicienne, jouant « avec fureur » d’innombrables instruments - comme le constatèrent ses contemporains dont un mémorialiste du temps, le Duc de Luynes. Jean-Marc Nattier, célèbre portraitiste du temps, la représentait en pied, jouant de la basse de viole dans un très beau tableau, conservé au Musée National.

En mars 1736, à ses sept ans révolus, le « passage aux hommes » du Dauphin fut le premier bouleversement de sa vie surprotégée, la privant de son frère affectueux et d’un compagnon de jeux, car tel était l’usage . Elle commença dés lors son « Education » avec de longues heures de travail, d’études et de solitude car les Enfants de France n’avaient ni compagnons ni jeunes camarades pour stimuler leur émulation : Versailles était une Cour sans enfants.

On enseignait aux filles du roi les mathématiques, l’astronomie, la géographie, le latin, la philosophique grec, les langues. On y ajoutait les arts d’agrément : la broderie, la peinture, la musique, la danse etc ... Comme leur père, elles apprirent à tourner le bois, façonnant de menus objets qu’elles offraient ensuite à leur entourage.

Le second bouleversement fut le mariage d’Elisabeth qui fut un véritable drame pour Henriette : elle versa des flots de larmes et les adieux furent déchirants. Elle ne savait pas qu’elle retrouverait avec joie cette sœur chérie lors de ses nombreuses venues à Versailles. La jeune princesse comprit ce jour-là, « qu’en ce pays là » - comme l’on disait pour parler de Versailles, une fille de France n’était rien ...

En 1746, Mmes Henriette et Adélaïde quittèrent l’aile du midi pour laisser la place à leur frère et sa jeune épouse, l’infante Marie-Thérése-Raphaelle de Bourbon-Espagne.

Elles s’installèrent au rez de chaussée du corps central. Cette nouvelle installation fit la joie du roi qui ne se priva pas de descendre fréquemment les visiter et les couvrir souvent de nombreux cadeaux. Leur vie de jeunes filles s’épanouissait : leur premier bal à l’Opéra de Paris se déroula en 1744 ...
Prochainement : les appartements de Mme Henirette à Versailles
[url=adresse du site à copier]nom à cliquer[/url]

En 1746, Louis XV déclara « l’Education » terminée, en quoi « Mesdames Ainées » - car tel fut leur appellation à la Cour à cette époque-là – reçurent en commun une « maison » avec une dame d’honneur , une dame d’atours et diverses « dames pour accompagner ».

La composition de sa maison est indiquée sur le lien suivant :
Index des personnes

Dés lors, elles seront assujetties pleinement à la vie de cour, en obtenant le droit de jouer au « jeu de la Reine » ( ce qui était déjà moins drôle à supporter quant on sait ce que représentait cette corvée ... ). Dorénavant, elles devront porter le Grand Habit , assister à la messe quotidienne, manger en public, assister au débotté du roi comme le révèle Mme Campan, dans ses mémoires, en parlant , plus tard, de ses sœurs cadettes... Quoiqu’il en soit, Madame Henriette s’habitua à cette nouvelle vie avec tant de douceur et de pitié, que la Cour la proclamera bientôt « sainte » .

Intrigues de Cour

Mmes Aînées commençèrent aussi à intriguer contre une ennemie de bonne compagnie que fut Mme de Pompadour. Groupée avec ses sœurs cadettes, revenues de Frontevrault, autour du Dauphin et de sa seconde épouse, Marie-Josèphe de Saxe, Henriette fit partie du « parti dévot » et chercha en usant tous les moyens protocolaires possibles d’obtenir le renvoi de cette favorite : elle n’y parviendra pas ...Les mémoires sont pleins d ‘allusions à une lutte que s’élèvera entre Mme Henriette et la favorite pour la possession d’un appartement que la princesse n’obtiendra pas au rez-de-chaussée nord du château ...

Projets matrimoniaux

Toutefois , la vie amoureuse d’Henriette ne fut pas vide. On songeait à un mariage avec le fils aîné du prince électeur de Bavière et même jusqu’à l’empereur du St Empire germanique. Mais elle eut un « coup de cœur » pour un cousin, le duc de Chartres, Louis-Philippe d’Orléans.
Ce fut le seul chagrin de désespoir qui effleura le cercle fermé des princesses. Ce petit fils du duc d’Orléans, Régent de France, l’avait émue par ses manières charmantes, son teint frais et jovial ainsi qu'un élégant embonpoint ( qui n’avait pas encore tourner à une obésité d’hippopotame qui lui vaudra, plus tard, le surnom de Louis-Philippe le Gros ).

Une passion réciproque se créa rapidement, fort étonnant à Versailles où le bon ton interdisait de s’aimer publiquement de cette manière. Il était tombé amoureux de la princesse et cette dernière ne l’avait point éconduit. Un moment, en bon père de famille qui souhaitait le bonheur de sa fille, le roi avait paru favorable pour qu’une union se fasse, car il y avait déjà eu des mariages de cette sorte dans la famille royale.


Portrait de Louis Philippe dit le Gros, duc de Chartres puis d'Orléans par JM Nattier


Soudain, le Cardinal Fleury s’aperçut qu’une telle alliance rapprocherait la branche cadette du trône, au détriment du Dauphin. Il en démontra les dangers à Louis XV, qui, le cœur navré et pour cause de sécurité dynastique, fut obligé de revoir ce projet.
Madame n’épousera point son bien aimé : c’était une décision arrêtée. Pour être douloureux le refus fut net pour le malheureux prince, malgré des tentatives nombreuses . Un jour que le jeune prince chassait avec le roi, il osa demander au roi de revenir sur cette décision, tellement son amour pour Mme Henriette était trop fort :

-« Sire, j’avais de grande espérance, Votre Majesté ne l’avait pas ôtée à mon père ... Je contribuerais au bonheur de Madame Henriette qui serait restée en France auprès de Votre Majesté... M’est-il permis encore d’espérer ! »

Le roi, pour toutes réponses, se pencha alors paternellement vers le Duc de Chartres, et lui serra tendrement les bras par deux fois.
Le Duc de Chartres dut s’incliner, et se laissa marier à Louise-Hernriette de Bourbon-Conti qu’il aima éperdument d’abord, et qu’il détestera ensuite odieusement . Le jour du mariage princier, qui eut lieu à Versailles, la ravissante princesse dira à son cousin aimé :

« Soyez heureux, votre bonheur me donnera la force de vivre »...

On dira à la Cour, que le jeune prince occupera son cœur toute sa vie jusqu’à la faire mourir dix ans plus tard, mais la réalité en fut tout autre, car Henriette était fort très gourmande . Sa gloutonnerie était immense . C’est probablement à ce régime que plutôt à l’amour, qu’il faut attribuer sa fin prématurée.

Sa fin prématurée

Toujours est-il que jusqu’à sa mort, Madame - car telle fut son titre officiel – ne sembla jamais se consoler de cette terrible déconvenue. Prudent, Louis XV se garda bien de lui proposer d’autres prétendants que ce fut, elle devra rester vieille fille mais sans devenir revêche et indécrottable comme le deviendront ses sœurs, devenues plus tard, Mmes Tantes sous le règne de Louis XVI.

Madame Henriette deviendra, dés lors, la fille préférée de Louis XV, lui servant de secrétaire, le quittant le moins possible. Son père l’adorait à un tel point que cela suscita d’infâmes calomnies. Sa santé délicate depuis son vif chagrin ne s’améliora pas à ce rythme de vie soutenu qu’ elle s’imposait pour plaire à son père.

Elle se mit bientôt à cracher du sang, et défendit à sa sœur, de prévenir quiconque. Brûlante de fièvre, elle accompagnait la royale compagnie dans des courses de traîneaux interminables.

Son état s’aggrava rapidement soudain, une « fièvre putride » l’emporta en quelques jours. Madame Henriette décéda , prématurément à peine âgée de 25 ans, le 10 février 1752 laissant son père dans une douleur immense. Elle fut ensevelie à la nécropole royale de St Denis.

Ses appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1727 - 1744 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV

Voir aussi ce lien © Envie d'Histoire
http://enviedhistoire.canalblog.com/archives/2006/06/20/2132793.html

A suivre : prochain chapitre Mme Infante.

Gentilhomme de la chambre
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Gentilhomme de la chambre
Baronne,Baron



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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 16 Jan 2006 - 8:25

Comme convenu, voici une petite biographie de la fille ainée de Louis XV

Louise Elisabeth de France
dite Madame ou Madame Première ou Madame Infante ( 1727-1759 )
Fille de France puis Infante d'Espagne, duchesse régnante de Parme


Son portrait par Laurent Peucheux ©Scala Archive


Louise-Elisabeth de France plus couramment appelée "Madame" ou "Mme Infante", est la première fille de Louis XV et de Marie Leszczynska..
Elle est la sœur jumelle de Mme Henriette. Elle naquit "première publiquement" dans la chambre de la reine, le 14 août 1727, au château de Versailles. Cette fille aînée du Bien-Aimé fut la seule à se marier et à connaître une vie fort mouvementée.. Elle deviendra la célèbre Madame Infante.

Le mariage d’enfant de Mme Première :

Louis XV fut très fier d’être père 2 fois à l’âge de 17 ans !
La Cour fut déçue car on espérait un Dauphin.. La naissance de jumelles était chose fort rare dans la famille de Bourbon. La première née reçut le nom de "Madame" ou "Madame Première" - comme l’exigeait l’usage de la Cour, Henriette , née en deuxième, prit le nom de "Madame Seconde".

Elle sera élevée sous l’autorité de la "gouvernante des Enfants de France", Mme de Ventadour, au château de Versailles, avec ses deux frères et toutes ses sœurs, Mmes Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise dans l’aile du midi et au château de Meudon, où les Enfants de France avaient coutume de passer la belle saison – maison jugée plus saine que Versailles.


Portraits des filles jumelles de Louis XV par Pierre Gobert


Elle fut soumise, dès son plus jeune âge, à l’étiquette, qui gérait la vie quotidienne des princes, quelque soit leur âge. Elle sera baptisée le 27 août 1737, avec ses sœurs et donna à 10 ans, son premier bal hebdomadaire !

Née première, "Babeth" - car tel était le surnom familier dont son père l’avait affublée – restera à Versailles après le départ de ses sœurs cadettes au couvent de Frontevrault. Elle passera son "éducation" avec cette sœur dans l’appartement des Enfants de France – que l’on sait situé au premier étage de l’aile des Princes du château de Versailles.

On s’occupa très tôt de son mariage. Le Cardinal Fleury, premier ministre, avait réconcilié la Cour de Versailles avec celle de Madrid depuis la brouille causée par le renvoi de l’infante Marie-Anne-Victoire, fiancée de Louis XV.

Ce point de rapprochement diplomatique exigeait un beau mariage entre les deux familles royales. On projeta alors les alliances de Madame Première avec l’infant Charles de Bourbon d’Espagne ( Dom Carlos, fils aîné de Philippe V et de sa seconde épouse, née Elisabeth Farnèse ) et celle du Dauphin Louis-Ferdinand avec l’infante Marie-Thérése-Raphaëlle de Bourbon d’Espagne ( sœur de Dom Carlos ).

La reine Elisabeth Farnése, pleine de rancunes, refusa ce premier choix et décida qu’Elisabeth épouserait l’infant Dom Philippe, frère de Dom Carlos. Elle ne voulait pas que son fils épousât une enfant de 8 ans...

En septembre 1738, Louis XV prit la décision : il accordait sa fille aînée à Dom Philippe à ses 12 ans accomplis.

Le "contrat, les fiançailles et le mariage par procuration" se firent, en grandes pompes, à Versailles le 25 août 1739 au cours de festivités extraordinaires. Sa dot était de 300 000 écus d’or et ses bijoux d’une valeur équivalente. L’infant offrait une corbeille de mariage d’une valeur de 300 000 livres. On la dénomma dès lors à la Cour sous le nom de Madame Infante.

Des fetes fabuleuses furent données à l'occasion de ce mariage dont un bal mémorable à Versailles et des réjouissances à Paris dont les descriptions ont été conservés dans des écrits

Description de la feste donnée à Versailles a l'occasion du mariage de Madame Louise-Elizabeth, Fille Aînée du Roy, avec Dom Philippes, infant d'Espagne

Description des festes données par la ville de Paris

La princesse se sépara de sa famille à Arpajon en versant des flots de larmes. Sa séparation avec Madame Henriette fut déchirante. Elle épousera son fiancé en Espagne, à Alcala le 25 octobre suivant, après avoir traversé toute la France durant un voyage triomphal. Ses beaux-parents étaient d’une "gaieté extrême".

Une triste existence :

Malgré sa timidité, la jeune épousée montrait déjà, selon le Duc de Luynes, mari de la same d’honneur de Marie Leszczynska, "une volonté décidée".
Elisabeth avait un nez fort, une bouche mignonne et grassouillette, de grands yeux qu’ombrageaient d'épais sourcils, un teint de brune ( souvent brouillé par des dartres ).

Sa physionomie était plutôt originale que séduisante. Elle passa sa première année en Espagne où la Cour lui déplut immédiatement. Durant une dizaine d’années, elle ne se fera jamais à l’existence monotone et triste d’infante d’Espagne et surtout ne sera jamais acceptée par son autoritaire belle-mère, qui était femme de tête.

Elle n’aura qu’une seule préoccupation : quitter l’Espagne et obtenir un établissement convenable pour elle et son mari. De très bonne heure, elle comprendra le but de sa vie, et son ambition grandira au fur et à mesure de son existence. Elle changera complètement.

D’une timidité naturelle propre à sa famille, elle deviendra une femme de caractère, saura se faire obéir et conserver ses droits et se conduira en diplomate politique.
Louis XV écrivit en 1739 :
"C’est avec la plus grande satisfaction, que j’ai appris que rien ne manque plus aujourd’hui au parfait contentement des deux époux".

Ce "parfait contentement" qu’elle rêvait, Elisabeth allait l’espérer en vain bien longtemps, malgré la naissance, dès 1741, de l'infante Isabelle ( future épouse de l’empereur Joseph II, frère aîné de la reine Marie-Antoinette ), elle avait 14 ans, son mari 18 !


Portrait de Dom Philippe
© Parcoducale Bodoni It


Dom Philippe était un garçon agréable à regarder, ses façons étaient charmantes, son humeur toujours égale. Cet état lui gagnait facilement les cœurs, dont celui d’Elisabeth qui lui sera toujours fort attachée.
Il était loin d’être un sot en dépit d’une éducation déplorable. Il était malheureusement entièrement dominé par sa terrible mère, qui entendait dominer également sa bru, qui refusait de s’y prêter.


Portrait de Dom Philippe, Ifant d'Espagne et Duc de Parme
par Laurent Peucheux ©Scala Archive


L’Espagne entra dans la Guerre de Succession d’Autriche, afin de pourvoir en couronnes, les enfants d’Elisabeth Farnèse. Son mari partit aux armées, guerroyant en Savoie et en Provence, sans acquérir en 6 ans, aucune gloire, laissant sa femme, seule et désemparée.
Exaspérée par l’ennui et la contrainte, Madame se voua, dès lors, à la politique à tout prix. A tout prix elle voulait régner, échapper à la prison de Madrid et échapper à sa terrible et altière belle-mère.

Elle s’en plaignit bientôt à son père, par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France en Espagne, le maréchal de Noailles. Celui-ci fit son portait :

"Madame est charmante, sa figure est très agréable, les plus beaux yeux du monde, le regard perçant ( ... ) Elle est bonne, charmante, cherchant à plaire et à obliger, et pour tout dire en un mot, Sire, c’est votre véritable portrait."

Retrouvailles familiales :

En 1748, Louis XV, vainqueur, proclama la paix et rendit ses conquêtes. Le mari d'Elisabeth obtint la souveraineté des duchés de Parme, Plaisance et Guastella. Ce fut un bien maigre cadeau.

Son beau frère, Ferdinand VI, le nouveau roi d’Espagne ( issu du premier lit de Philippe V ) se souciait peu du destin de son demi-frère.

Madame Infante se déclara furieuse de se voir reléguée "dans un trou" et au lieu de rejoindre son époux à Madrid, elle se précipita, pour un premier séjour, à Versailles avec sa fille et une suite de plus de 400 personnes, résolue d’obtenir de son père une pension digne d’elle et un "meilleur établissement".

Les effusions familiales furent touchantes et les pleurs de joie ruisselèrent comme il se devait. C’était la première fois qu’une fille de France mariée revenait dans son pays natal en visite officielle. Louis XV se déclara "charmé" de sa petite-fille.


Portrait de Mme Infante et de sa fille, Isabelle par JM. Nattier


Madame Infante retrouva le Dauphin et Mmes Henriette, Adélaïde et Victoire ( Cette dernière était à peine revenue de Frontevrault), tous heureux d’une pareille occasion "embrassaient tout ce qu’ils voyaient".
Elle reprit la vie de cour et passa ainsi plus d’une année entière à Versailles, entourée d'une partie de sa " maison" espagnole

Voir le constitution de sa maison dans lien suivant à la rubrique " Enfants de France Maison de Mme Infante "
Index des personnes

Impatientée par les magnificences de la Cour, Madame Infante, ne songeant qu’à la grandeur de son ménage, n’arracha qu’une mince pension de 200 000 livres de son père et rien d’autre. Le roi d’Espagne demeura sourd à ses appels.
Durant ce premier sejour, la princesse et sa fille, l'infante Isabelle séjournent dans l'appartement de Madame Adeleide, qui accepta de se réserrer.

Dépitée, Elisabeth rejoignit alors son mari dont elle vivait séparée depuis plus de sept ans et gagna le duché de Parme. Elle y assumera le gouvernement, c’est-à-dire milles soucis.

En 1751, en une même année, elle accouchera d’un fils et d’une seconde fille, qui deviendra la terrible reine Marie-Louise d’Espagne, immortalisée par Goya.


Un portrait de famille de Van Loo


Elle profita de cette année-là pour reprendre ses démarches, car son ambition n’avait pas baissé. Le décès douloureux de sa sœur jumelle, Henriette entraîna un deuil infini dans la famille royale, où l’on pleura abondamment.

Le 2e séjour :

Mme Infante pleura effectivement beaucoup, et en politique avisée, elle en saisit l’occasion pour repartir en France, pour un deuxième séjour, qui ne dura pas moins d’un an.

Mûrie par l’expérience et s’appuyant sur l’ambassadeur d’Espagne, elle intrigua si bien, si âprement qu’on l’appela "le seul homme de la famille."
Inlassablement, elle négocia et débuta une correspondance politique fiévreuse. Cette fois-ci, elle ne se dépensa pas en vain, car elle obtiendra de son beau-frère, un important subside. Elle quitta alors Versailles avec quatorze voitures remplies de présents de son père.

Le 3e séjour et la mort:

En bonne princesse régnante, elle songeait déjà aux établissements de ses enfants. Esprit fantasque, elle projeta des mariages assez extravagants : escomptant sur la mort de sa belle sœur et ennemie intime, la reine d’Espagne, née infante du Portugal, Marie-Barbe de Bragance, elle prévoyait le remariage de Ferdinand VI avec sa sœur, Mme Victoire. Ceci lui aurait valut une protectrice à Madrid. Et si d’aventure, l’odieuse souveraine s’attardait en ce monde, ce serait sa propre fille Isabelle qui épouserait le roi veuf ! Victoire et Isabelle auront la chance d’échapper à ce destin car le roi était fou.

Madame Infante, ne songeant qu’à revenir à Versailles, redoubla d’activités. Un protégé de Mme de Pompadour, l’abbé de Bernis vient lui faire sa cour. L’un et l’autre sauront profiter de l’aubaine. Madame apaisera, au moins provisoirement, la haine des siens contre la favorite. En échange, Bernis, devenu ministre des Affaires Etrangères, négocierait le mariage de l’infante Isabelle avec le futur empereur Joseph II. Madame espérait, en fait, le gouvernement des Pays-Bas, par la négociation de ce mariage.

Le 7 janvier 1757 a lieu l’attentat de Damiens contre Louis XV.
Ce fut une bonne raison d’accourir, à nouveau, auprès des siens. Madame Infante ne devait plus quitter Versailles.

Elle y travailla furieusement, inondant l’Europe de ses lettres. Sans renoncer aux Pays-Bas, elle ébaucha, avec son père dans l’intimité de son cabinet, ce qui deviendra un jour le Pacte de famille entre tous les Bourbons des diverses branches Elle envoya à son fils un remarquable testament politique :
« Tant que vous serez attaché à la France, vous serez grand. Si vous le devenez jamais vous-même, avec elle vous le serez davantage ».

Hélas ! On était au pire moment de la guerre de Sept Ans, et ses affaires n’étaient pas des meilleures. Elle gagna les bonnes grâces du duc de Choiseul, successeur de Bernis, mais elle n’obtint pas le mariage immédiat de sa fille avec l’archiduc.

Sa santé se détériora rapidement : les déceptions l’empêchaient de dormir, lui donnant de la fièvre. La petite vérole se déclara le 2 décembre 1759 et l’emporta en trois jours. Elle décéda à Versailles où elle séjournait durant son ultime voyage en France.
Louis XV fut profondément atteint : il écrivit à son gendre cette lettre pathétique :

« Oh ! mes chers enfants, comptez que je n’oublierai jamais ma fille en vos personnes. Elle est, j’espère, bien heureuse, mais nous bien malheureux ».

En tant que « Fille de France », Madame Infante fut ensevelie à la nécropole royale de St Denis.

Ses appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1727 - 1739 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV

[url=adresse du site à copier]nom à cliquer[/url]

Voir aussi ce lien © Envie d'Histoire
http://enviedhistoire.canalblog.com/archives/2006/06/20/2132793.html

A suivre
A la prochaine biographie, je parlerai de ces " Mesdames de France" dont on a presque jamais entendu parlé , celles qui mourront en bas âge dont Mme Thérése.

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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 16 Jan 2006 - 8:27

Parmi les nombreux enfants de Louis XV et Marie Leszczynska, certains mourront en bas âge et pour cette raison, l’histoire en a à peine conservé le souvenir. Parmi ces enfants, deux petites filles nous intéressent, dans le cadre de notre exposé sur Mesdames de France.

Marie Louise de France ( 1728- 1733 ) dite Madame Troisiéme
Fille de France


Son portrait par Pierre Gobert


Née entre Mesdames Aînées et le Dauphin, une fille naquit à Versailles le 28 juillet 1728. Ce fut Madame Troisième.
On avait pris l’habitude à la cour de les nommer par un numéro. Mais la déconvenue fut très grande, car on espérait un garçon. Aussi, tous les préparatifs des fêtes furent abandonnés dès la délivrance de la reine, sauf le traditionnel Te Deum à la chapelle de Versailles.

Sa naissance, survenue alors que tout le monde attendait un Dauphin, marqua une grande déception à la cour. « La consternation est ici générale » écrit un contemporain. Titrée Madame Troisième à sa naissance, elle fut élevée à Versailles.

Cet enfant ne fut qu’une ombre dans le cadre doré du palais. Elle n’est guère connue que par sa mort prématurée, qui montre bien l'incompétence des médecins de l'époque. Pendant l’hiver 1733, elle avait contracté un rhume bénin. Madame Troisième était confiée à un médecin gascon, Bouillac, aventurier et ignorant. La fièvre s’intensifiant, il ordonna de saigner la petite princesse à quatre reprises, lui prélevant parfois jusqu’à trois palettes de sang ! Elle subit également des vomitifs. Bouillac, devant l’état empirant de Madame Troisième, déclara forfait.

Hâtivement baptisée à la mi-février, elle reçut les prénoms de ses parents, Louise-Marie. Elle mourut le 19 février 1733.

Le 19 février 1733, elle succombait de ce rhume mal soigné juste avant un baptême express où on la nomma Louise-Marie. Le petit corps fut enseveli à la nécropole de Saint Denis.

Il reste d'elle un portrait de Gobert, ainsi qu'une allégorie de Natoire, où elle apparaît aux côtés de sa sœur cadette, Madame Adélaïde.

Marie Thérése Félécité de France ( 1736- 1744 )
dite Madame Sixiéme ou Madame Thérése
Fille de France


Née entre Mme Sophie et Mme Louise, une septième fille naissait à Versailles dans la nuit du 15 au 16 mai 1736. C’était la future Madame Thérése-Félicité ou Madame Septième ( puis Sixième à la mort de Mme Troisième ).

Le dimanche 15 juin 1738, sous la conduite d’une sous–gouvernante des Enfants de France, c'est un bébé dans les langes qui partit pour le couvent de Frontevrault où devait se dérouler son « éducation» selon la volonté du cardinal Fleury.
Elle avait 25 mois ! La santé de la petite ne devait pas supporter le séjour angevin, trop humide.
La princesse était souvent fort malade, selon les dires de l’abbesse, responsable des enfants devant le roi. Elle prenait froid dans le « logis Bourbon » où toutes les princesses étaient logées ensemble.

Fin septembre 1744, elle était de nouveau gravement malade : c’était la petite vérole et elle n’en réchappera pas.

Ondoyée seulement à la naissance, comme c’était la tradition à la cour, elle fut baptisée in extremis le 27 de ce mois là, sa nourrice et son valet de chambre, lui servant de parrain et marraine. Elle fut nommée Thérése-Félicité.

Dans la soirée, dans de terribles convulsions, elle mourait le lendemain à midi. Son petit corps fut inhumé dans le caveau de l’abbaye – le « cimetière des rois »- où les rois d’Angleterre Plantagenêts dormaient depuis des siècles.

La mort de cette fille de France passa complètement inaperçue à la Cour, alors complètement dispersée par les événements de Metz où le roi tomba gravement malade, de retour de la brillante campagne des Flandres.

Leurs appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1728 - 1738 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV

A suivre
Prochain chapitre : Madame Adélaïde

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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 16 Jan 2006 - 8:28

Parlons maintenant de la plus célébre des filles de Louis XV, je veux parler de cette fameuse Madame Adeleide.


Marie Adeleide de France ( 1732- 1800 ) dite Madame Troisiéme ou Madame Adeleide
Fille de France


Un de ses portraits par JM Nattier


Marie-Adeleide de France, plus couramment surnommée « Madame Adeleide » , est la quatrième fille de Louis XV et de Marie Lecczinska, est certainement la plus connue, à cause d’une forte personnalité. Elle naquit, « publiquement » dans la chambre de la reine le 23 mars 1732., au château de Versailles.

Mme Troisième à la Cour

Elle fut élevée par la « gouvernante des Enfants de France » au château de Versailles, avec ses frères et sœurs et soumise, dés son plus jeune âge, à l’étiquette, qui gérait la vie quotidienne des princes, quelque soit leur âge.

Mme Adeleide eut de nombreuses sœurs, qui encombrèrent peu à peu le château de Versailles, car les naissances répétée des filles de France fut une véritable tragédie pour l’Etat. Aussi l’économe cardinal Fleury, premier ministre, décida, en se passant outre l’avis du roi et de la reine, d’exiler les princesses dans la lointaine abbaye angevine de Frontevrault. A l’occasion du départ, en respectant une leçon bien apprise auprès de ses gouvernantes , Adeleide se singularisa, par une volonté et une autorité marquée, en suppliant jusqu’aux larmes son père de ne pas la laisser partir avec ses sœurs. Emu, le roi la gardera auprès d’elle et Adeleide échappera au couvent.

Dés lors, Mme Adeleide dut endurer le quotidien monotone d ’une princesse de France, c’est à dire des journées réglées par l’étiquette interrompues par de rares distractions, où elle devait , en autres, faire sa toilette et manger en public, changer plusieurs fois de robes, endurer le Grand habit de Cour, « faire sa cour » au roi et à la reine, recevoir les visites et les ambassadeurs ou s’amuser sans joie dans des bals et divertissements réglés d’avance ... Et ceci dés qu’elle put se mouvoir … En 1743, elle fera son entrée dans le monde, à sa confirmation

A cette époque , Mme Adeleide était une jeune fille émancipée, étourdie , malicieuse, turbulente et remuante, plus garçon manqué que fille, avec des manières un peu rudes, une voix forte qui amusait son entourage par des réparties inattendues.

En 1744, durant la guerre de succession d’Autriche et le départ du roi aux armées, Mesdames se rapprochèrent de leur frère. Une intimité accrue s’organisa et se poursuivra leur vie durant, révélant un climat quasi bourgeois, très étonnant à Versailles. Chaque jour, son plus grand plaisir était de partager la journée de son frère, ses études et ses jeux. Elle reportera cette amitié sur les deux épouses successives de son frère quant ce dernier se maria .Mme Adeleide , avec la fougue qu’elle mettait dans toutes choses, s’adonnait « furieusement » aux études.

En février, conformément aux usages de l’étiquette, son « Education » déclarée terminée , elle fut « remise » au roi par sa gouvernante . Mme Adeleide disposa dés lors , selon la réglementation de Cour, d’une « maison » avec dames d’honneur, d’atours, dames et officiers de tous ordres, qu’elle partagera d'abord avec sa soeur ainée.

La composition de sa maison est indiquée sur le lien suivant , à la rubrique " Maison de Mme Adeleide" :
Index des personnes

La chasse aux apaprtements

Dés lors, commença, à travers le château de Versailles et durant plusieurs années, des déménagements incessants d’appartements.

On connaît la localisation des divers logements qu’elle occupa dans le château.

Elle habita d’abord après le départ de ses autres sœurs, avec la future Mme Infante et Mme Henriette, l’ancienne nursery située au premier étage de l’aile des Princes. Le premier mariage de son frère avec une infante d’Espagne, pour qui toutes ces chambres d’enfants seront réaménagé somptueusement en appartement double, l’obligea à déménager, toujours avec Henriette, dans l’appartement du dauphin au rez de chaussée du corps central.

Le décès prématuré de la première dauphine, morte en accouchant d’une princesse,plongea son frère dans une tristesse horrible : il voulut quitter l’appartement où il vécut si heureux avec la défunte. En conséquence, les princesses réintégreront l’appartement de l’aile des Princes et profiteront des décors sompteux entrepris pour leur frère. Adeleide occupa l’ancien logement de la dauphine. C’est là qu’elle perdit sa sœur aînée , Henriette, morte prématurément en pleine jeunesse.

L’arrivée de la seconde dauphine, Marie Joséphe de Saxe nécessita une installation provisoire dans cet appartement, dans l’attente de la réception des travaux du traditionnel appartement du dauphin au rez de chaussée.

Louis XV octroya à Mme Adeleide une partie de l’ancien appartement des bains de Louis XIV au rez de chaussée du corps central, mais la princesse fut , provisoirement installé, au rez de chaussée de l’aile du bord, dans le logement vaccant de la duchesse du Maine, car l’appartement projeté nécessitait beaucoup de travaux , pour le rendre plus moderne et propre à servir à une fille de France.

Là, la princesse accueillera sa sœur ainée ,Mme Infante en visite en France lors de ses premiers séjours. Le retour de ses sœurs cadettes et leur installation complexe au château, l’obligea, à nouveau à déménager pour une installation magnifique et jugée définitive.

Ce sixième appartement est le fameux logement situé dans les « cabinets » du roi , pour qui, on démolit le fameux escalier des ambassadeurs. De cette installation, nous reste le joli cabinet doré qui servit de cabinet intérieur à la princesse. La princesse devait, encore, quitter cet appartement au moment, où Louis XV, ayant besoin d’espaces pour ses salles à manger privées, déplacées par l’installation de Mme du Barry sous les combles, le lui reprit pour aménager un cabinet de jeux, deux salles à manger et une salle de billard.

Louis XV lui octroya, définitivement, toujours au rez de chaussée, l’ancien appartement « très confortable » de feue Mme de Pompadour.

Prochainement : les 7 appartements de Mme Adeleide à Versailles
[url=adresse du site à copier]nom à cliquer[/url]

Une femme de caractère

Malgré ses allures garçonnières et sa liberté de langages, Adeleide était restée dans l’adolescente, une jeune fille pure, mais qui n’avait rien d’une ingénue. C’est elle qui surnomma Mme de Pompadour « Maman putain » dont la Cour fit les délices. C’est elle, encore qui fut l’héroïne d’un incident fâcheux à propos d’un ouvrage un peu gaillard, qui fit grand scandale à la Cour, car le roi ne plaisantait pas au sujet de la morale.

Elle n’en connue pas moins les joies d’une brève idylle assez mystérieuse avec le jeune prince de Conti, durant une convalescence suite à la variole. On songea mariage, malgré le désir royal de la voir épouser un prince étranger. Mais Adeleide ne se mariera jamais , préférant rester « Fille de France » plutôt que princesse étrangère sans fortune, puisqu’il n’y avait pas de princes catholiques dignes pour elle. Tous les divers projets matrimoniaux échoueront les uns après les autres...

Madame et Louis XV

Après 1750, ses soeurs reviennent du couvent et partagèrent son existence .Dés lors, on distingua à la Cour « Mesdames Ainées », qui étaient les trois aînées ( dont l’aînée, appelée « Madame Infante » qui fit trois longs séjours parmi elle à Versailles) , des dernières, qui devinrent « Mesdames Cadettes ».

Sa vie active débuta , vers cette époque, car la politique l’attirait et elle brûlait de s’en mêler, comme l’avait fait auparavant sa sœur aînée.

A dix huit ans, elle prendra le commandement du « parti dévot », menant l’offensive contre les mécréants. Chaque jour, elle profitait du café matinal qu’apportait Louis XV lui-même chez elle, pour se plaindre et harceler son père à propos de ces intrigues de parti. En quoi , elle réussie à moitié ... Tout en se mêlant des affaires, Mme Adeleide continua une vie studieuse qui fit d’elle une femme très intelligente, voire savante. Elle sera une bonne musicienne, jouant de tous les instruments depuis le cor jusqu’à la guimbarde. Elle apprit plusieurs langues dont l’italien et l’anglais, s’intéressa aux mathématiques et même à l’horlogerie, mais toujours comme à son habitude, superficiellement.

Malgré son violent caractère, sa tète chaude « un peu à l’envers », son esprit curieux et bouillonnant, elle restera, après le décès de Mme Henriette, la préférée de son père. Sa grâce, son esprit, sa gaieté, son entrain, sa conversation enjouée ravissait Louis XV. Le décès de sa douce sœur attrista profondément Adeleide si fort que l’on craignit un moment pour sa raison.

Quant elle obtiendra du roi l’appartement proche du sien, elle jouira d’une grande faveur et d’un grand crédit à la Cour, au point de devenir une dangereuse rivale vis à vis de Mme de Pompadour, qu’elle n’accepta jamais. Des cabales injurieuse commençèrent à circuler , prétendirent jusqu’à une liaison incestueuse avec son père dont le fruit fut la naissance d’ un enfant naturel !!!

Toutes ces libelles n’étaient que , bien sur, que faux bruits et absurdités...

En septembre 1752 , elle disposera d’un rang marqué à la cour, en devenant « Madame ». Son influence déclina peu à peu avec le temps, continuant, de loin à s’occuper de politique.

A la mort de leur mère, Mesdames pressèrent leur père de se remarier avec une archiduchesse d’Autriche, sœur aînée de Marie-Antoinette, mais déjà une autre maîtresse royale, Mme du Barry avait ravi le cœur du roi et était « présentée » à la Cour .Ce fut finalement le Dauphin qui épousa une princesse de Hasbourg-lorraine. Ces deux événements horrifièrent Mesdames, ennemies de l’Autriche parce que Mme de Pompadour avait été artisan du renversement des alliances et révoltées par la « créature ».

Adeleide, altière et ambitieuse, aurait bien voulu gouverner la Dauphine qu’elle n’aimait pas. Ce fut un échec complet. C’est elle, qui la première en France, a prononcée le surnom fatidique de « l’Autrichienne » en parlant de Marie Antoinette...

Madame Tante

Des rivalités féminines entre elle et Marie Antoinette assombrirent les premières années du jeune ménage royal. Mme Adeleide, en effet, garda une rancune atavique contre la maison d’Autriche et demeura hostile longtemps « par principe » avec sa nièce, malgré une certaine intimité avec elle qui régna durant les premières années de mariage.

Dans le but de combattre Mme Du Barry, Mme Adeleide entendait la tenir sous sa coupe, la diriger comme ses sœurs et lui influer le mépris de la favorite. Après la mort de Louis XV, Adeleide régna de façon éphémère sur son neveu Louis XVI, en lui demandant la nomination de Maurepas, comme principal ministre .Tel sera son seul acte politique réussi . Elle sermonna tant est si bien ,par son humeur tracassière, le jeune couple royal , qu’elle réussit simplement à perdre toute influence...

Adeleide serra, désormais, souvent, en froid avec Louis XVI et Marie-Antoinette, refusant d’assister aux fêtes tapageuses de cette époque et n’apparaissant en public seulement quant l’Etiquette l’exigeait, comme au mariage de sa nièce Mme Clothilde en 1775 , aux couches de la reine et aux festivités de la naissance des Enfants de France par exemple.

C’est Louis XVI qui prit la décision d’éloigner ses tantes de Versailles, en leur vendant , le château de Bellevue ( prés de Meudon) qui devient ainsi leur résidence estivale habituelle. Elle y établira une petite Cour, recevant avec magnificence, y menant un quotidien gai plein de sollicitudes maternelles envers les enfants de leurs dames, leurs neveux et nièces, mais tout en continuant de se mêler des affaires et de critiquer la reine.

L'exil d'une Fille de France

Avec sang froid et son extraordinaire énergie, Mme Adeleide rassure son monde durant les premiers bouleversements qui vont secoué le royaume en 1789,assiste impuissante aux journées d’octobre 1789, et vécut semie- prisonnière à Bellevue et aux Tuileries, pendant 1790.

Ne supportant pas le décret de la constitution civile du clergé, elle projette de quitter la France. Mmes Adeleide et Victoire, sa seule sœur survivante, s’exilèrent, non sans mal , suites aux nombreuses difficultés de passages à Moret ou Arnay-le-Duc, le 19 février 1790.

Elles séjournèrent d’abord à Turin chez leur nièce, la reine de Sardaigne, puis atteignirent Rome chez le Cardinal de Bernis, où elles éliront domicile. Les victoires de Bonaparte en Italie les terrifieront De nouveau, en 1797, elles reprennent, toutes deux, le chemin de l’exil vers Naples où elles habiteront le palais de Caserte. Après quelques mois calmes, elles seront, abandonnées par la famille royale de Naples, eux-mêmes, chassés de leur Etat.

Agées et malades, elles n’auront plus un endroit susceptible de leur donner le repos et la sécurité, elles seront démunies de toutes ressources financières. Elles décident de partir pour Trieste en décembre 1799, par un froid glacial, au milieu des pires dangers et des alertes continuelles, affrontant sur un mauvais bateau, une terrible tempête. Elles débarquent à Corfou, anéanties et très fatiguées. Mme Victoire dut s’aliter et mourra à Trieste d’une mort calme et douce.

Désormais seule, Mme Adeleide éprouvera bien des tourments, des humiliations et des chagrins. Son caractère orgueilleux et fier acceptera courageusement les épreuves les plus pénibles. Elle quitta ce monde le 27 février 1800, à Trieste, dans sa soixante huitième année, huit mois après sa sœur Victoire, ayant supporté une fin d’existence dramatique sans jamais se plaindre ni abandonner sa ferme attitude. Sa dépouille fut ensevelie dans la cathédrale de Trieste auprès de sa sœur puis transférait , sous ordre de Louis XVIII, dans la crypte de la nécropole de St Denis, où elle se trouve toujours...

Ses appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1732 - 1744 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV

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Magnat
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Sam 21 Jan 2006 - 10:41

exposé tres interessant bravo! Il est vrai que l'on parle trop peu des filles de Louis 15.
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Adélaïde
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Mer 25 Jan 2006 - 17:54

Vraiment très interéssant cet exposé. Il est vrai que l'on trouve difficilement des informations sur Mesdames de France. J'ai lu quant à moi "Mesdames de France, les filles de Louis XV". Mais on oublie facilement et là, ces petites biographies sont vraiment les bienvenues Smile
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Adélaïde
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Mer 25 Jan 2006 - 20:58

Est-il possible de voir le portait de Louise-Marie de France (Madame Troisième) fait par Pierre Gobert ?
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Ven 27 Jan 2006 - 13:07

Voici la suite des biographies de Mesdames de France. Maintenant voici, avec un peu de retard, celle de Mme Victoire. Je dois encore travailler sur celle de Mme Louise, la dernière des filles de Louis XV.



Victoire Louise de France ( 1733+ 1799) dite Madame Quatriéme ou Madame Victoire
Fille de France


Un de ses portrait par JM. Nattier


Victoire-Louise de France, plus couramment surnommée « Madame Victoire », est la cinquième fille de Louis XV et de Marie Leszczynska, est certainement moins connue que sa sœur aînée, Mme Adelaïde, dont elle partagera le destin et connaîtra l’exil pendant la révolution. Elle se distingua par une pitié et la douceur de ses mœurs. Elle naquit, « publiquement » dans la chambre de la reine le11 mai 1733, au château de Versailles.

Une enfance angevine

Elle fut élevée par la « gouvernante des Enfants de France » au château de Versailles, avec ses frères et sœurs . Elle fut soumise, dès son plus jeune âge, à l’étiquette, qui gérait la vie quotidienne des princes, quel que soit leur âge. Mme Victoire avait de nombreuses sœurs, qui encombrèrent peu à peu le château de Versailles, car la naissance répétée des filles de France fut une véritable tragédie pour l’Etat.

Le cardinal Fleury, premier ministre, était ménager des deniers publics. Or cette pouponnière royale coûtait une dépense terrible si l’on jugeait l’énorme effectif de la « maison » des Enfants de France , chaque princesse disposait, dés sa naissance, de huit femmes de chambre, soit rien qu'une cinquantaine de caméristes pour les seules filles du Roi !
Le Cardinal déclara que Mesdames embarrassaient le château de Versailles et décida, outre l’avis des parents - qui durent s’incliner - d’envoyer les princesses parfaire leur éducation dans le couvent lointain de Frontevrault.

Louis XV ne contredira pas son ancien précepteur et Marie Leszczynska, tremblante, n’osera pas protester devant le vieux ministre despote.
Fleury gardait probablement une tenace rancune à la reine d’avoir naïvement aidé le Duc de Bourbon lorsque celui ci tenta de l’évincer. Il se vengea en exilant si cruellement les innocentes fillettes à une telle distance de Versailles, que compte tenu de l’étiquette, une visite royale aurait été une expédition ruineuse, donc impossible.
Mme Victoire partit donc avec ses petites sœurs, escortées de leurs domestiques et de leurs sous-gouvernantes pour la lointaine abbaye angevine. Elle y fera un long séjour , qui durera de juin 1738 à mars 1748..
Ni ses parents, ni des membres de la famille royale n’allèrent jamais prendre de ses nouvelles. Mme Félécité, une de ses sœurs s’étiola et mourut là-bas à huit ans. Les autres princesses menèrent une vie monotone de recluses. Victoire vécut ainsi pendant dix ans., « accoutumée à être peu contrainte », manifestant parfois une humeur impérieuse. On la punissait en l’enfermant dans un caveau dit la « lanterne des morts ». La princesse allait en garder sa vie entière des terreurs paniques et irraisonnées.

Débuts à la Cour

En 1748, à son retour à Versailles, elle sera, un temps, la coqueluche de la Cour, créant une rivalité éphémère à son ainée Mme Adelaïde, à qui elle volait la vedette. Jalousie passagère, à laquelle succédera la plus franche amitié puis une profonde tendresse. Elle partagera avec ses sœurs aimées, leur « maison » et leur appartement, car dès lors, elles vivront toujours ensemble. .
Mme Victoire dut s’adapter, au quotidien monotone d ’une princesse de France, c’est à dire des journées réglées par l’étiquette interrompues par de rares distractions, où elle devait, entre autres, faire sa toilette et manger en public, changer plusieurs fois de robes, endurer le Grand habit de Cour, « faire sa cour » au roi et à la reine, recevoir les visites et les ambassadeurs, s’amuser sans joie dans des bals et divertissements réglés d’avance.
Cette vie de pure représentation deviendra pour elle une véritable corvée. Les moindres prétextes qui pouvaient faire sortir Mesdames de ce train de vie emprisonnant étaient saisis avec empressement , comme des visites de couvents, des cures à Plombières ou à Vichy, ou plus tard, plusieurs séjours en Lorraine chez leur grand père, le roi Stanislas ou les « petits voyages » avec Louis XV à Choisy, Bellevue ou Marly etc...

Et encore des déméngaements d'apaprtements

A cette époque, commença, à travers le château de Versailles et durant plusieurs années, des déménagements incessants de logements. Il était de tradition à la Cour que les princesses résidassent ensemble dans un appartement unique, où chacune avait sa chambre et son cabinet particulier, le reste de l’appartement leur étant commun. Ce n’est qu’après sa « remise au roi », que Mme Victoire obtint un appartement et une « maison » tout à fait indépendante en 1754 et en 1775 , par rapport à ses sœurs cadettes.

Projets matrimoniaux

Comme pour sa sœur Adelaïde tous les projets de mariages ne se réaliseront jamais : Mme Victoire fut pressentie pour épouser le roi d’Espagne , Ferdinand VI, veuf d’une infante du Portugal. L’esprit un peu dérangé du roi fit que l’union n’aura pas lieu...

Une vie tranquille

Mme Victoire était une jeune fille d’une très grande beauté brune qu’elle conservera, semble-t-il, bien plus longtemps que sa sœur aînée. Elle était un peu grasse, et manquait d’aisance. Elle possédait cette bonté qui seul la faisait aimer de tout le monde. Elle était si indolente qu’elle en plaisantait elle-même.

Un jour, une de ses dames lui demanda si elle entrerait au couvent comme sa sœur, elle lui répondit « J’aime trop les commodités de la vie » et montrant une bergère confortable « Voila un fauteuil qui me perd ».
Elle appréciait trop franchement les commodités de la vie et la bonne chère. Affable, elle vivait avec la plus aimable simplicité dans une société qui la chérissait car elle était adorée de toute sa maison. Bonne, confiante, douce, elle resta attachée, malgré tout à sa sœur, au point d’y être totalement soumise.

Elle savait cultiver l’amitié, se montrant très affectueuse autant que l’on pouvait l’être. Comme tous les Bourbons , on la savait très gourmande, remplissant avec exactitudes les devoirs de la religion en observant rigoureusement les jeunes et les carêmes.

Un quotidien bourgeois

Après les morts de Mme Henriette et de Mme de Pompadour, Louis XV se rapprocha de ses filles, enfin toutes réunies au château. Le roi, au contraire de la reine, qui obéissait avec beaucoup de scrupules à l’étiquette, traitait ses filles avec cette attitude assez déconcertante, on le voit dans les surnoms célèbres qu’il donna aux princesses : Adelaïde était Torche ( un peu brouillon), Victoire Coche ( à cause de son bel embonpoint ) Sophie Graille ( une jolie laide ressemblant à un corbeau) et Louise Chiffe ( un peu chiffon):

Victoire partageait en famille chez Mme Adelaïde le fameux café matinal. Cette fine odeur du café matinale était révélatrice, voire symbolique. Elle signifiait qu’au-delà des apparences, Versailles accomplissait une importante mutation, la famille royale commençait à vivre dans la plus grande intimité et à réclamer le confort autant que la gloire, autant dans sa manière de vivre que dans la composition de leurs appartements. Louis XV aimait le préparer lui même, et par un escalier dérobé, la cafetière à la main, il se dirigeait chaque matin chez Mme Adelaïde, qui, entendant son pas, agitait une sonnette pour appeler Mme Victoire chez elle, qui faisait de même, avertissait à son tour par une sonnette sa sœur, Mme Sophie, avant de se diriger chez sa sœur aînée. Mme Sophie faisait de même, pour alerter Mme Louise de l’heure du petit déjeuner familial.

La dernière princesse arrivait toujours en retard, juste avant que son père ne se leva pour aller présider au rituel de son lever public, parce qu’elle avait un long parcours à effectuer à travers les appartements... Mesdames revoyaient le roi, en public, durant son « débotté » ( cérémonie du retour ,de la chasse) en fin d’après midi....

Insignifiantes et inutiles, Mme Victoire et ses sœurs s’adapteront donc à un quotidien monotone, s’occupant , comme leur mère à de nombreuses bienfaisances, étant très aumônières et pieuses. Elle visitaient quotidiennement les pauvres. Bien que son éducation fut terminée, Mme Victoire continua à étudier avec différents « maîtres », ainsi qu’à prendre des leçons de musique. Victoire tout particulièrement, comme son frère et ses sœurs, fut très bonne musicienne, excellant à la harpe ou au clavecin, organisant fréquemment des charmants concerts auxquels assistait la famille royale. Beaumarchais fut son professeur de harpe. On sait que Mozart dédia un concerto à cette princesse...

Accaparée par l’autorité prononcée de sa sœur Adelaïde - princesse à « forte personnalité » - Victoire se contentait, bien calée dans ses moelleuses bergères, de suivre toutes les vues politiques de sa sœur. Aussi la pieuse princesse prêcha et demanda, comme sa sœur, le retour des jésuites sans grand succès, participera à l’intrigue du remariage royal et partagera le dégoût qu ’éprouva Adelaïde pour la liaison de son père avec Mme du Barry. Aucune des princesses n’aura d’influence sur le roi, encore que les chagrins des deuils fréquents survenus dans la famille royale, favorisaient l’intimité.
A la fin de la vie de son père, elle s’enferma dans son intérieur, dans la société constituée par le cercle de sa dame d’honneur, Mme de Chastellux chez laquelle elle passait toute ses soirées. Elle figurera, néanmoins, en bonne princesse de sang royal, aux grandes cérémonies de Versailles.

Une autre tante de Louis XVI

Son rôle restera tout à fait insignifiant car elle ne se mêlera de rien. Moins méchante que sa sœur aînée, Victoire, foncièrement bonne et ne désirant rien que la paix, accueillera de manière bien plus courtoise la jeune dauphine, à laquelle elle offrit un passe-partout pour accéder à toute heure dans ses appartements. Elle se détachera du joug d’Adelaïde mais devra s’incliner devant sa sœur ambitieuse et la suivra, dans son éloignement forcé au château de Bellevue.
Mme Victoire, fervente du grand air et des paysages rustiques, y résidera, en simple particulière, s’occupant à ses fleurs préférées dans ses jardins fleuriste, botanique et potager de Bellevue et de ses ouvriers agricoles de son hameau ( comme Marie-Antoinette à Trianon, elle se fera construire un village similaire dans le jardin du château de Bellevue ), car elle avait la main verte .
Mesdames, feront l’achat du château de Bellevue (1775 acheté au roi ) et d’une terre en Champagne et du château de Louvois.(1776). Mesdames aimaient fort l’étiquette et les prérogatives du rang, elles maintiendront les usages dans cette résidence, car on les laissa vivre à leur guise. Elles représenteront la « vieille Cour ».


L'éxil en Italie

Quand la tempête de la révolution se leva, Mesdames Adelaïde et Victoire, les deux seules survivantes des filles de Louis XV, obtinrent de l’Assemblée l’autorisation de quitter la France en février 1791.
Accompagnée de sa sœur, Victoire partit juste à temps pour éviter le pillage de Bellevue, puis fut arrêtée à Arnay le Duc. Elle commencera son exil à Chambéry chez sa nièce, reine de Sardaigne, puis gagna Turin, Parme et Rome. Les six années du séjour en la ville éternelle seront marquées par le contrecoup des événements de France. Trois ans après, Victoire et Adelaïde devront fuir de nouveau, le pape ayant signé la paix de Tolentino avec la France.
Elles se réfugièrent à Naples, où elles seront bien reçues par la sœur de la reine, Marie-Caroline d’Autriche. Elles n’y finiront pas leur exil en paix. En 1799, les troupes françaises prennent Naples dont les souverains se sauvent en Sicile, en oubliant dans leur fuite les malheureuses princesses, qui devront alors faire jusqu’à Trieste, par leur propres moyens, un voyage apocalyptique. Mme Victoire, épuisée par ce voyage et très malade souffrant du scorbut, ne put en supporter plus.
Elle y expira doucement, calme et résignée dans les bras de sa sœur, le 7 juin 1799, âgée de soixante six ans.
Sa dépouille fut ensevelie dans la cathédrale de Trieste puis transférée , sur l'ordre de Louis XVIII, dans la crypte de la nécropole de St Denis, où elle se trouve toujours...

Ses appartements à Versailles :
Son premier appartement ( 1733 - 1738 ) :
Appartement des Enfants de France sous Louis XV
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Adélaïde
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Ven 27 Jan 2006 - 14:18

Merci beaucoup pour le portrait Very Happy Very Happy
Il y a-t-il un qui représente la petite Marie-Thérèse-Félicité décédée à Fontevrault à l'âge de 8 ans ?

En qui concerne Madame Seconde, Henriette-Anne de France, j'aime beaucoup ce portrait très simple de la princesse :

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Orangeri
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Ven 27 Jan 2006 - 15:18

On ne dirait absolument pas la même jeune fille Shocked .
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Hébé
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Ven 27 Jan 2006 - 22:09

Je connais le portrait que vous nous présentez, Adélaïde, il est enregistré dans mon ordinateur depuis assez longtemps et je ne me souviens plus de l'endroit où je l'ai trouvé, mais mes souces indiquaient qu'il représentait une inconnue... Question
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Adélaïde
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Sam 28 Jan 2006 - 9:40

J'ai trouvé le portrait sur le site http://www.geocities.com/henry8jane2/LouisXVDaughters.html

Jean-Marc Nattier a éalement peint un portrait de Madame Henriette (à gauche) et un de Madame Adélaïde (à droite) que j'apprécie beaucoup :

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Hébé
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Jeu 14 Sep 2006 - 19:42

J'arrive un peu tard, mais bon... Rolling Eyes

Le premier portrait que vous présentez, Adélaïde, n'est plus considéré comme un portrait de Madame Henriette. Lors de l'exposition Nattier en 1999 à Versailles, Xavier Salmon (conservateur du château et spécialiste du XVIIIe siècle) a découvert qu'il s'agissait en réalité de Louise-Marie de Bourbon-Conti en vestale. L'oeuvre, qui se trouve à l'Institute of Art de Detroit (USA), est un don de Mr et Mrs Edgar Whitcomb. Wink





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Victoire-Adélaïde
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MessageSujet: Re: Mesdames de France , ces princesses méconnues   Lun 30 Oct 2006 - 16:30

Merci pour toutes ces biographies. Smile

Adélaïde a écrit:
Il y a-t-il un qui représente la petite Marie-Thérèse-Félicité décédée à Fontevrault à l'âge de 8 ans ?




Malheureusement non. Elle quitta la Cour trop jeune, et mourut trop vite à Fontevraud pour qu'un peintre en fasse le portrait. Crying or Very sad
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Mesdames de France , ces princesses méconnues

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